Notes de voyage d'un Cosmopolonais

du 1 février au 31 mai 2016

Traduit par Laurence Dyèvre

À la fois journal intellectuel et série de reportages du quotidien, ces Notes de voyage ravivent de façon passionnante la France de l'après-guerre et le Nouveau Monde, entre républiques bananières et maccarthysme virulent.

Admirateur fou de Conrad, frère spirituel de Gombrowicz, Bobkowski a forgé un terme qui les définit tous les trois : le Cosmopolonais, un homme qui, ayant surmonté son héritage national, porte sur le monde un regard nouveau.

Andrzej Bobkowski est une figure mythique des lettres polonaises. Le journal qu'il a tenu à Paris sous l'Occupation (En guerre et en paix) a donné la mesure de son style mordant : « Le véritable écrivain n'est pas celui qui écrit bien : c'est celui qui perçoit davantage. »

Les Notes de voyage d'un Cosmopolonais s'ouvrent en 1947. Après la Libération, Bobkowski travaille à Paris dans un atelier de réparation de vélos, et il observe le coq humilié qui s'efforce de remettre de l'ordre dans son plumage. Suivent une excursion au pays basque, un séjour à Lourdes, et les préparatifs du départ pour le Guatemala. 1948, Bobkowski traverse l'Atlantique sur une Arche étrange, où l'espérance le dispute à la nostalgie. Sa femme et lui ont 180 dollars en poche. « Et mes deux bras », ajoute Bobkowski. Débute alors une lutte acharnée pour l'existence : il va monter un atelier d'aéromodélisme, puis ouvrir un magasin, le Guatemala Hobby Shop. Les petits avions de balsa le rendent populaire parmi la jeunesse locale et lui permettent bientôt de voyager : les Etats-Unis, la Suède, et la France à nouveau. Bobkowski, qui est d'abord un écrivain, perçoit les convulsions du monde : aux USA, on chasse les sorcières, tandis que l'Amérique centrale s'embrase, avec le coup d'État américain au Guatemala de 1954. Au dernier chapitre, luttant contre le cancer qui l'emportera, Bobkowski réaffirme ses convictions, dont le socle a toujours été : la liberté de l'individu.

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