Mateusz Choróbski

du 10 juin au 23 juillet 2017
Le premier venu ? (nie ma już bezpańskich psów) - exposition individuelle commissariat : Arnaud Dezoteux
Les Bains-Douches

Mateusz Choróbski se prête au jeu proposé par l’artiste Arnaud Dezoteux et accepte l’invitation à devenir « le premier venu ». Il en résulte une exposition individuelle aux Bains-Douches d’Alençon.

Au 15 septembre 2016 :

Je ne suis pas commissaire d'exposition, à peine cinéaste, artiste plutôt. Pour remplir mon temps et gagner ma vie, je donne des cours de motion-design, une discipline un peu obscure, entre graphisme, vidéo et effets spéciaux.

Très souvent, quand on m'invite à m'exprimer, je pense d'abord à ce que je ne veux pas dire plutôt que ce à quoi j'aspire. C'est comme ça, je réagis par exclusion comme dirait Atro dans Les Dépossédés d'Ursula Le Guin. C'est peut-être le mal de l'époque, mais c'est pas grave parce que j'ai décidé d'être artiste, ce qui me cadre socialement et me force à adhérer à certaines conventions. Conventions dont j'ai le plaisir de me plaindre, de rejeter, d'accepter au final. Ça me tient en vie, ça me donne de la vigueur. Du coup, je ne m'écroule pas dans l’aigreur et le commentaire, je propose des formes ou des expériences, je les revendique ensuite, les regrette et les condamne parfois.

Pour l'instant, je peux donc dire ce que je ne compte pas faire aux Bains-Douches en tant que commissaire. Je ne veux pas faire une exposition collective, je n'y suis pas sensible et je comprends mal comment on y procède. Je n'ai aucune idée pour assembler des œuvres sous un thème ou une problématique, créer des rythmes dans l'espace, des pistes de lecture et des dialogues entre les œuvres.

Je respecte ça chez les commissaires – je prends d'ailleurs du plaisir à aller voir des expositions en tant que spectateur - mais j'en suis trop incapable. D'une part, parce que je ne suis pas d'assez prêt l’actualité contemporaine. Je ne vais pas sur les blogs américains, je n'achète pas Flash Art. D'autre part, parce que je redoute d'agir en imitateur. Par méconnaissance, je crains de jouer un jeu qui n'est pas le mien, et de produire une exposition qui ressemblerait à une caricature de Group Show.

Je vais donc faire l'exposition comme je ferais une vidéo sur fond vert d'incrustation, ma marque de fabrique :( , en prétextant d'une raison supérieure (l'exposition) pour me mesurer aux exigences d'un(e) autre artiste.

Ce que je veux, c'est profiter de l'autorité de son échéance (le vernissage) pour passer du temps avec elle ou lui, me confronter à ses idées, ses modes de production. Là encore, je ne veux ni exposer l'un(e) de mes amis, ni quelqu'un dont le travail s'apparenterait au mien, bien au contraire.

Peut-être que le plus simple serait de prendre le premier venu. Je repense au film de Jacques Doillon et ne m'empêche de trouver ce mode de sélection des plus charmants. Il faut peut-être prendre le premier venu, et se confronter à ses désirs.

Synopsis :

La fille a une vingtaine d'années, elle est issue d'un milieu bourgeois. Elle cherche à donner un peu de lumière et de légèreté à sa vie, qu'elle voit comme très insuffisante et inutile. Sans l'intensité qui lui est nécessaire.

Elle décide de donner son amour. Pas au plus séduisant, ni au plus méritant ou au plus admirable, non, ceux-là n'ont pas besoin d'elle, elle donnera son amour au " premier venu .

Avec l'artiste, on va tout faire ensemble, de A à Z : se rencontrer, échanger, proposer, critiquer, se bagarrer, se réconcilier, créer, détruire, exposer. Peut-être qu'à la fin, il n'y aura même plus d’œuvre, ou que l'artiste va inviter d'autres personnes. Peut-être qu'il n'y aura plus qu'un film qui documente notre relation, peut-être pas. On n'en sait rien, et c'est bien là le Graal de la vie au présent : avancer à tâtons, sans visibilité, ni convictions trop écrasantes.

Au 10 mai 2017 :

Très rapidement après avoir écrit ce premier texte, je suis donc tombé nez à nez avec « Le premier venu ». Il s'appelle Mateusz Choróbski et est d'origine polonaise. Je l'ai rencontré par hasard lors du vernissage de mon amie à Varsovie. Je ne lui ai pas directement parlé, mais j'ai tout de même fait en sorte de savoir qui c'était. En faisant des recherches sur Facebook, j'ai bientôt pu lui écrire. Voici mon premier message, écrit dans un anglais bien perfectible, et sa réponse, heureusement positive.

Arnaud Dezoteux

Plus d'informations : http://bainsdouches.net/

Les Bains-Douches

151 avenue de Courteille
61000 Alençon

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