Corde de lumière

vendredi, 14 octobre 2011

Dès le premier poème, la poésie de Herbert affirme la force de la beauté, de l’amour (de la lumière) face à

la cruauté du monde réel : un couple d’amoureux s’embrassent, oublieux de la guerre qui fait rage autour

d’eux. Elle le fait avec détachement, sans pathos – plus tard, avec ironie et humour – et sans jamais se

leurrer sur la difficulté de la tâche. Car la barbarie n’est jamais loin : « Il y a un abîme entre la lumière et

nous. » Mais pour Herbert, la pensée n’exclut pas la passion. « Dans mes poèmes je voudrais que les mots

et les configurations soient transparents. » Il s’agit, pour quelqu’un qui a fait l’expérience des mensonges

de l’idéologie, des faux prophètes, de bâtir sur les choses, sur l’étude l’objet (comme Ponge l’a fait en

France) pour rendre une innocence au langage. Pour cela, Herbert s’appuie aussi sur un second pilier, sa

« relation active à la tradition ». Chaque génération doit se réapproprier la culture du passé, se confronter

aux mythes, aux grandes oeuvres : Homère, Dante, Shakespeare. Comme chez Cavafy, la réflexion

historique et philosophique anime et rend familiers les personnages du passé. « Lorsque j’écris un poème

sur Apollon et Marsyas, j’essaie de lire une histoire très ancienne avec des yeux neufs et de répondre à la

question de son contenu, quelle vérité peut-on y découvrir qui soit encore présente et vivante, non

seulement pour moi mais aussi pour mes lecteurs. »

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