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"Un soir en Toscane" de Jacek Borcuch

cinéma
du 5 février 2020
au 30 juin 2020

Dernier film de Jacek Borcuch avec Krystyna Janda sort en salles en France le 5 février 2020.

Maria Linde, poétesse et prix Nobel juive polonaise, s’est retirée loin des mondanités et des conventions dans la paisible campagne de Toscane. Elle y vit libre et heureuse, entourée de sa famille, de ses amis et de son jeune amant Egyptien. Mais la tension monte dans la vieille Europe comme dans sa petite ville où les réfugiés affluent. Refusant l’hypocrisie ambiante, Maria accepte une ultime remise de prix, et revient dans l’espace public avec une déclaration qui fait scandale.

La bande annonce du film:

Né en 1970 à Kwidzyn (Pologne), Jacek Borcuch étudie l’art dramatique, la philosophie et la musique. D’abord acteur, il passe à la réalisation en 2000 et s’impose en 2009 avec All that I Love, primé dans de nombreux festivals dont le Festival de Sundance qui a également sélectionné ses deux films suivants.

INTERVIEW AVEC LE RÉALISATEUR JACEK BORCUCH

Pouvez-vous nous dire quelle est la genèse de votre film ? Pourquoi avoir choisi un personnage féminin, juif, polonais, poétesse lauréate du prix Nobel, afin d’aborder les sujets d’actualité sensibles, tels que les nationalismes et la crise des réfugiés ?

Selon plusieurs études, nous vivons l’époque la plus sûre de l’histoire. L’Homme n’a jamais été aussi bien nourri, aisé, serein et en si bonne santé. Cependant, politiciens et médias nous submergent d’informations sur un danger imminent, sur des « sauvages » et des « étrangers » qui arriveraient de toute part. Une personne angoissée donnera beaucoup pour ne plus avoir peur. Elle renoncera à sa liberté, laissera fermer les frontières, fera tout pour se sentir mieux et en sécurité. Je cherchais un héros qui ne serait pas entravé par le politiquement correct. Quelqu’un qui ne pratiquerait pas la langue de bois, qui aurait le courage de tenir des propos controversés, d’aborder des sujets difficiles. Il fallait quelqu’un d’envergure, d’accompli, de suffisamment confiant, parce que seules de telles personnes sont écoutées. Maria Linde est un personnage foncièrement contemporain, même si je l’ai construit à partir d’icônes de la culture occidentale : elle est un mélange de Patti Smith, Susan Sontag, Bob Dylan, Oriana Fallaci et de beaucoup d’autres. Elle est quelque part entre la poésie et le punk. Je ne voulais pas qu’elle soit une vieille dame au dos courbé, qui écrit que rien n’est immuable. Il fallait une femme forte, belle, sensuelle, mûre et confiante.

 Maria Linde est un personnage controversé, un esprit libre. Ses prises de parole en public, tout comme sa liaison avec un jeune Egyptien, provoquent quelques remous. Est-elle la métaphore d’un certain besoin de conscience dans notre société ?

Maria Linde est poétesse, elle manie le verbe, la phrase, la formule. Certains mots produisent un écho, des effets secondaires. C’est un effet secondaire de la liberté artistique. On peut percevoir Un soir en Toscane à un niveau basique, comme un film sur une histoire de famille, sur les relations humaines. Cela marche aussi. En revanche, si l’on s’élève au niveau de la métaphore, on peut y voir un récit sur l’Europe, sur notre continent ancien. Maria Linde, interprétée par Krystyna Janda, est un symbole de notre vieille Europe. Nazeer – qui est Copte – symbolise une Europe jeune et l’avenir de ce continent.

Avez-vous voulu donner le rôle de Maria à Krystyna Janda depuis le début ?

Quand j’ai été certain que le personnage principal devait être une femme, j’ai pensé à Janda. Nous nous connaissons depuis plusieurs années, et avons travaillé ensemble pour HBO, à l’occasion du tournage d’une série. Je lui ai envoyé quelques pages du traitement, qu’elle a beaucoup apprécié. C’est une artiste éminente, une icône du cinéma, dont le nom résonne dans nos esprits. Elle était la muse d’Andrzej Wajda. Ses engagements citoyen et politique on fait d’elle une artiste flamboyante.

Pourquoi avez-vous décidé de tourner un film en Toscane ?

C’est dû à une concordance de plusieurs facteurs et de choix. J’ai remarqué, il y a quelque temps, que les films d’Europe de l’Est, polonais, ukrainiens, russes, tchèques, hongrois ou roumains, paraissent assez exotiques au spectateur occidental. Il ne s’agit pas d’un jugement de valeur, et même si c’était le cas, il aurait été certainement positif, car cette catégorie du cinéma a une belle tradition. Pour nous, le cinéma mexicain, argentin, brésilien ou même espagnol est aussi, dans une certaine mesure, « différent » et souvent fascinant. En essayant de trouver un langage universel, j’ai ancré mon film dans les codes culturels de la civilisation occidentale. Je pense qu’il existe suffisamment de réalisateurs qui tournent en Pologne et sur la Pologne. En racontant l’Europe, j’ai dû remonter à ses sources.